Le Liban à l’aube d’une nouvelle guerre civile

Le Liban bascule dans une crise humanitaire sans précédent. L’économie est en forte régression et le système politique est au bord de l’implosion.

Cette situation est dramatique non seulement pour les Libanais mais aussi pour le Proche et Moyen Orient. En effet, ce pays risque de revivre une guerre civile et le Hezbollah pourrait prendre le pouvoir.


Une crise sans précédent


Éric Gozlan,membre du Centre européen pour la paix et la résolution des conflits

L’effondrement économique du Liban risque d’être classé parmi les pires crises financières du monde depuis le milieu du XIXe siècle, indique la Banque mondiale dans un rapport accablant. « La crise économique et financière est susceptible de se classer parmi les dix, voire les trois épisodes de crise les plus graves au niveau mondial depuis le milieu du XIXe siècle », indique le rapport.


La monnaie a perdu environ 85% de sa valeur et la pauvreté dévaste un pays naguère considéré comme un phare de la prospérité dans la région. Intitulé « Le naufrage du Liban : Top 3 des pires crises mondiales », le rapport indique que ces effondrements économiques brutaux sont généralement le résultat d’une guerre.



Dans ce pays englué dans une crise inédite, des manifestants en colère ont bloqué des routes et incendié des pneus et des bennes à ordures. Ici, à Beyrouth, lundi 28 juin 2021

Selon l’ONU, 55 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. 40 % de la population active est au chômage.


La dette du pays approche désormais les 100 milliards de dollars, soit plus de 170 % du PIB. En mars, l’État a annoncé qu’il était dans l’impossibilité de payer la première tranche de sa dette (1,2 milliard de dollars) et l’ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

Les auteurs d’un rapport de l’UNICEF estiment que la famine toucherait 30% des enfants au Liban, notant que “les enfants libanais subissent de plein fouet l’un des pires effondrements économiques au monde ces derniers temps.”


Le quotidien des Libanais est devenu impossible. Dans un reportage publié il y a quelques jours par France 24, une jeune femme expliquait qu’elle n’a plus les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. Chaque mois, quand elle a ses règles, la jeune maman a ainsi recours à de vieux chiffons, voire aux couches de son bébé. Les prix des serviettes hygiéniques ont quintuplé. En fonction des marques, les paquets qui coûtaient naguère moins de 3 000 livres – soit deux dollars – se vendent aujourd’hui entre 13 000 et 34 000 livres.


La vie des habitants du pays des Cèdres est marquée par de graves pénuries, notamment de médicaments. La situation est telle que le Gouvernement va proposer aux ménages les plus défavorisés une carte de rationnement.


Les risques et les solutions à cette crise


Le risque est grand pour que le Liban revive une guerre civile et que le Hezbollah se renforce.


Comme dans de nombreux pays en crise, les mouvements extrémistes vont pallier le manque de l’État en apportant des aides aux familles. Ces dernières, et cela est normal, donneront leurs voix à ces mouvements en cas d’élections.


Afin d’éviter un bain de sang et un embrasement dans la région, le monde occidental ainsi que les monarchies du Golfe doivent d’urgence se porter au chevet du Liban.


La société libanaise n’a plus aucune confiance en ses politiques qui sont en grande partie responsable de la dégringolade de l’économie libanaise depuis 18 mois. Crise économique largement imputée à la corruption et à la mauvaise gestion de l’élite politique. Le rapport de l’ONU stipule que « les réponses politiques des dirigeants libanais à ces défis ont été très insuffisantes ».


La Société civile doit s’unir pour non seulement proposer des solutions mais surtout pour ne pas laisser le champ libre au Hezbollah. Pour cela, chrétiens, druzes et musulmans doivent s’asseoir à une même table et proposer une nouvelle gouvernance.


Cette nouvelle gouvernance devra faire table rase des « combines » des anciens dirigeants et devra réfléchir à la place du Liban au Moyen-Orient.


En octobre 2020, Israël et le Liban ont entamé des discussions pour définir leur frontière maritime, mais après deux séries de rencontres, les négociations sont bloquées. La raison en est simple : les rivalités internes au Liban.


Daniel Meir, chercheur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, explique que « L’enjeu de ces négociations est aussi politique : les rivalités internes au Liban sur la question de l’exploitation des hydrocarbures sont vives entre certains leaders confessionnels. On observe actuellement une lutte pour ce que j’appelle le « monopole souverainiste » : la question pétrolière et gazière est au cœur d’une rivalité entre Nabih Berry (Président du Parlement libanais, Amal), Michel Aoun (Président de la République libanaise, Courant patriotique libre) et le Hezbollah. Ils sont théoriquement alliés, mais ils s’écharpent sur ce dossier pour savoir qui obtiendra ce monopole souverainiste. »


Le Liban doit évoluer et reconnaître enfin l’État d’Israël qui pourra alors, comme avec les pays du Golfe, signer de nombreux accords commerciaux bilatéraux.


Claudine Aoun, fille du président libanais Michel Aoun, se trompe lorsqu’elle déclare « qu’une paix pouvait être envisagée, mais que tous les problèmes devaient d’abord être réglés.» Elle aurait dû expliquer qu’une grande partie des problèmes pourrait être réglée après que la paix soit signée.


Le Liban doit très vite changer sa politique économique, sociale et internationale avant qu’une guerre civile éclate. Le 29 juin dernier, Le quotidien l’Orient-Le Jour titrait que « Les forces de sécurité et l’armée sont appelées à se tenir prêtes.»

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